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En souvenir de Phuong

par Nicole Simon-Cortés, CCSTVN

Thứ Hai 9, Tháng Giêng 2012

Notre amie Nguyen Vu Thi Xuan Phuong nous a quittés le 18 décembre dernier.

Nos routes se sont croisées pour la première fois au tout début des années 1970, dans
l’effervescence des luttes en France contre la guerre américaine au Viet Nam, alors qu’elle
militait à l’Union générale des Vietnamiens en France, et que j’étais au Collectif intersyndical
universitaire d’action Viet Nam Laos Cambodge, la représentante du Syndicat national
des bibliothèques FEN. Je me souviens comme si c’était hier de cette réunion (l’une
des nombreuses auxquelles nous participions alors) au cours de laquelle nous avons fait
connaissance.

Ce fut, immédiatement, pour travailler ensemble très concrètement, comme elle a toujours
aimé le faire, à la campagne « Des livres pour le Vietnam », que le Collectif avait lancé peu
de temps auparavant. Phuong, ethno sociologue de formation était alors la documentaliste de
l’ « Ecole des Parents ». Elle mit toute sa compétence, et toutes ses connaissances et relations
pour établir les listes des meilleurs livres et périodiques au niveau recherche en pédagogie et
psychopédagogie de l’enfant et de l’adolescent, en sociologie, ethnologie ; ensuite pour se
les procurer le plus possible par don, par les éditeurs… Nous avions alors un petit local rue
de l’Ecole polytechnique où nous entreposions les livres et périodiques récupérés ; on s’y
retrouvait le soir et le week end avec Phuong et ses jeunes amis de l’Union des Vietnamiens
pour faire les colis postaux (et les fiches, car nous gardions trace de tout ce qu’on envoyait !
) destinés à la Bibliothèque scientifique centrale de Hanoï. Phuong y montrait l’énergie et le
dynamisme souriant qui l’ont toujours caractérisée.

Le Viet Nam s’est libéré. Phuong de son côté avait une vie familiale bien remplie avec la
naissance de ses deux garçons Thai Binh et Phong Quang. Mais son activité militante pour
aider le Viet Nam se relevant de 30 ans de guerre a continué de plus belle, avec toujours le
souci de l’éducation et de la formation, notamment des enfants et adolescents en difficulté.
Elle avait un don extraordinaire, dans les nombreuses associations qu’elle a créées et animées,
pour trouver soutiens et mécènes, dont quelques uns fort prestigieux. Je l’ai accompagnée
dans certaines d’entre elles ; nous habitions à Paris dans la même rue, pratiquement l’une en
face de l’autre ! Cela facilitait bien sûr notre travail commun : combien de repas partagés (elle
cuisinait fort bien, à la vietnamienne évidemment !) dans son séjour débordant toujours de
montagnes de livres et documentation en attente d’envoi au Viet Nam ! Ces associations sont
toujours vivantes et bien vivantes.

Je n’en citerai que deux ici.
Dans les années 80-90, elle a fondé une association pour soutenir la « Fondation NT » créée
à Hanoï par le grand intellectuel Nguyen Khac Vien. Il s’agissait de promouvoir au Viet
Nam les études en psychologie et psychopathologie de l’enfant, domaine alors quasiment
inexploré dans ce pays et où pourtant les besoins étaient énormes. Les objectifs ont été tenus :
création de nombreux CMPP (centres médicaux psychopédagogiques), édition ou traduction
de documentation spécialisée, formation de cadres (site internet : fr.nt-foundation.com).

En 2001, elle créait « Viet Nam enfants de la dioxine », association destinée à venir en
aide aux enfants handicapés victimes de la dioxine contenue dans l’agent orange que les
avions américains ont répandu en quantité sur le Viet Nam pendant la guerre. Phuong s’y
est consacrée avec son énergie coutumière. Les résultats, en collaboration avec la VAVA,
Association vietnamienne des victimes de l’agent orange, sont considérables : parrainage
d’enfants, bourses, micro crédits aux familles, aides pour opérer certains de ces enfants (site
internet : vned.org).

Son dernier projet, Phuong le lançait en 2008, avec l’association « Orange fleurs d’espoir » :
au-delà de l’aide directe aux victimes de l’agent orange, elle voulait leur fournir les
moyens de réhabilitation par le travail et la formation professionnelle : elle rêvait de fermes
biologiques, pédagogiques et thérapeutiques, de soins par l’aromathérapie. Elle soutenait ainsi
ces derniers mois une Ferme aux champignons à Ninh Binh, gérée par un groupe de femmes.

Que dire de plus. Phuong avait ses jardins secrets : le Brésil où elle avait résidé un temps et où
elle aurait voulu retourner ; bonne vivante, elle était toujours prête à partager les adresses de
restaurants de qualité. Elle laisse un grand vide dans nos cœurs.

Nicole Simon-Cortés, CCSTVN