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L’Association Hướng Thiện

Thứ Ba 19, Tháng Sáu 2007

L’Association Hướng Thiện et l’origine socio-culturelle du mouvement Duy Tân et de l’école Đông Kinh nghĩa thục* (Colloque "Viêtnam, le moment moderniste (1905-1908)", Aix-en-Provence, du 3 au 5 mai 2007)

L’Association Hướng Thiện est créée en 1836 (?) par des célèbres lettrés au centre de Hanoi, dans le temple Ngoc Son (Mont de Jades) du lac Hoàn Kiếm (Petit Lac). "Hướng thiện" veut dire "éduquer les gens à faire le bien".
Dans ma communication, en premier lieu, j’aborde le contexte historique de la fondation de cette association.

En deuxième lieu, j’étudie le moment de sa création et les origines sociales de ses membres.

En troisième lieu: son objectif, sa politique et ses activités principales.

En quatrième lieu: les formes de transmission des orientations idéologiques, modes de fonctionnement et structures.

En cinquième lieu: j’aborde l’engagement de l’assotiation dant les mouvements patriotiques des lettrés à la fin du XIXe siècle et du XX siècle.

Ma conclusion est que les descendants de l’association du temple Ngọc Sơn, à travers le mouvement Duy Tân et l’école Đông Kinh nghĩa thục, mais aussi à travers d’autres mouvements dans l’après Đông Kinh nghĩa thục pour arriver au gouvernement de Hồ Chí Minh, parce qu’ils ont la même base sociale et culturelle.

Pour ne pas dépasser le temps, je ne reprends ici que quelques idées principales de ma communication.

Je voudrais souligner, tout d’abord, sur les sources utilisées, ce sont:

1) les stèles en pierre qui existent encore dans le temple Ngọc Sơn et dans d’autres temples;

2) un ensemble d’une centaine de sentences parallèles (câu đối), de panneaux transversaux (hoành phi) et de grands caractères (đại tự) dans ce temple et dans d’autres temples; ce sont les textes en caractères chinois;

3) des généalogies et des oeuvres litéraires des fondateurs de l’association

4) enfin, des documents collectés lors de mes enquêtes sur terrain.

Ces deux derniers types sont très importants et indispensables pour "décoder" les textes des stèles et des sentences: ces stèles et ces sentences sont connus et plusieurs personnes, dont G. Dumoutier, un Francais qui aimait la culture viêtnamienne, se sont déjà interessées à ces textes et les ont traduits. Cependant, ils n’avaient pas la connaissance des sources des types 3 et 4, et ils n’accordaient pas attention aux contextes historiques et socio-culturels de la première moitié du XIX siècle, c’est pour cela qu’ils ne peuvent pas exploiter les informations consignées dans ces textes.

L’association Hướng Thiện est un groupement social particulier, apparu pour la première fois dans l’histoire des lettrés viêtnamiens. On ne peut pas l’appeler une organisation d’opposition, ce serait une anachronisme. Mais dans réalité, cette association avait une politique et les actions qui sont contraires de la cour de Huê, c’est-à-dire la stratégie qui consiste à abaisser le rôle de Thăng Long, ancienne capitale culturelle, au profit de la "capitale royal" de Huê.

Rappelons que sous le régime autoritaire des Nguyễn, on pouvait être exécuté pour avoir écrit quelques subversifs.

Les lettrés dans l’association du temple Ngọc Sơn ont fait donc "repli stratégique" en cachant leur volonté sous la forme d’activité religieuse, en utilisant un langage métaphorique avec les références à la litérature ancienne, les sentences pour exprimer leurs idées essentielles ("chủ trương", le mot utilisé dans une sentence parallèle dans le temple Ngọc Sơn). On voit ainsi une stèle érigée en 1843, juste après la construction du temple Ngọc Sơn, dans laquelle le chef de l’association, docteur Vũ Tông Phan, a utilisé les références confucéennes "agir - cacher" ("hành - tàng") en même temps que bouddique "moyen" ("phương tiện"). Ces références ont été négligées par G. Dumoutier dans son étude en 1887, et les auteurs de l’ouvrage Recueil des stèles de Hanoi publié en 1978 n’ont pas pu non plus les interpréter. Ces références confucéennes et bouddiques expriment en fait, pour les contemporains et les camarades de Vũ Tông Phan, l’idée suivante: l’association Hướng Thiện a pour objectif de sauvegarder et aiguiser la volonté en attendant le moment propice pour passer à l’action, et dans l’immédiat elle a pour objectif de développer les activités utiles à tous, ce qui contribue à l’éducation du peuple.

Et pour éduquer le peuple, il faut gagner leur confiance. C’est pour cette raison qu’on trouve par exemple, sur la stèle scellée sur le mur du temple du Dieu de Feu au numéro 30 rue Hàng Điếu, un compliment du chef de l’association au tổng đốc de Hanoi dans la lutte contre incendies. Ce compliment est en même temps l’occasion pour proposer que "le devoir du gentilhomme (quân tử) est s’occuper du peuple", c’est-à-dire "être fidèle au peuple", et non seulement au souverain. Ici le “peuple” désigne les gens qui vivent à côté des lettrés au quotidien dans les villages et des quartiers de la ville. La nouvelle devise des lettrés devient alors: "être le gentilhomme dans le village, être le maitre d’école dans la commune" comme le conseil du docteur Nguyễn Văn Lý, un ami proche de Vũ Tông Phan, gravé dans la stèle de 1838 au Temple de litérature du district Thọ Xương.

En suivant ce conseil, plusieurs écoles primaires privées ont été fondées. Autour du Lac Hoàn Kiếm, d’après nos recherches basées sur les généalogies et les poèmes, il y avait 13 écoles. Nous avons l’adresse et les noms des maitres sur quelques générations, mais il reste encore beaucoup de choses à faire. C’est cela la base socio-culturelle, la réserve pour l’école Đông Kinh nghĩa thục qui a pu se développer rapidement et largement.

On ne peut comprendre vraiment les références "moyen" (phương tiện), "le pieu pour construire l’homme" (cột tiêu gây dựng người) et "les ponts et les embarcadères pour sauveur le monde" (cầu bến cứu giúp đời) quand on sait qu’elles sont liées à l’enseignement de la morale traditionnelle, à l’élaboration, à la gravure et à l’impression des livres. L’Institut Hán Nôm à Hanoi conserve encore une liste de 241 livres gravés et imprimés au temple de Ngọc Sơn. En 1966, Vũ Tuân Sán, un excellent connaisseur de la litérature ancienne, a encore dénombré 1156 planches gravées, dont quelques planches d’un manuel de caractères chinoises ("Tiểu học lược biên"), d’un dictionnaire des expressions chinoises en caractères démotiques Nôm ("Đại Nam quốc ngữ"), ainsi qu’un livre sur l’hygiène avant et après l’accouchement, et sur l’élevage des nourrissons ("Vệ sinh chỉ yếu").

Les orientations idéologiques, les "chủ trương", les actions et l’organisation de l’association du temple Ngọc Sơn sont transmises jusqu’au moment de l’éclatement des mouvements patriotiques des lettrés comme le mouvement Duy Tân et Đông Kinh nghĩa thục. Cette transmission s’est réalisée par deux voies typiquement orientales:
- d’une part, à travers les relations familiales et de lignage (c’est la tradition "transmission du père en fils" - cha truyền con nối);
- et d’autre part, à travers les relations entre le maitre et l’élève (c’est la tradition du "respect du Maitre, respect de la Voie"- tôn sư trọng đạo).

Afin de mieux suivre ces deux voies de transmission, voici quelques schémas...

Le schéma de la relation entre le maitre et l’élève inclut quelques informations que je viens découvrir au village Hạ Thái, province Hà Tây, le 12 avril 2007, après avoir déjà rédigé et envoyé ma communication au colloque. Ce village conserve toujours la maison de culte (từ đường) et une stèle que les élèves de Nguyễn Huy Đức ont érigé en 1903. Ce maitre Nguyễn Huy Đức était élève des docteurs Vũ Tông Phan et Nguyễn Văn Lý, fondateurs de l’association du temple Ngọc Sơn. En bas de la stèle (lạc khoản) il y a le nom du licencié Lương Văn Can (qui était le chef des élèves et l’auteur du texte de la stèle), le docteur Đỗ Văn Tâm (qui participait probablement au Đông Kinh nghĩa thục), le licencié Nguyễn Hữu Quý (fils du docteur Nguyễn Văn Lý et oncle de Nguyễn Hữu Cầu). On peut alors supposer que les deux dernier, Nguyễn Hữu Quý et Nguyễn Hữu Cầu ont été élèves du même maitre, Nguyễn Huy Đức, car dans le temps il était courant que le père et le fils, l’oncle et le neveu, les frères faisaient les études chez un même maitre.

En particulier, dans la suite (tục biên) de la généalogie on découvre la 2e femme professeur à Đông Kinh nghĩa thục: c’est Mme Nguyễn Thị Diễm, fille du licencié Nguyễn Huy Đức. Jusqu’à maitenant on savait seulement, d’après Nguyễn Hiến Lê, que la première femme professeur à Đông Kinh nghĩa thục est cinquième fille de Lương Văn Can, élève de Nguyễn Huy Đức.

Ici je me permets de dire quelques mots sur la "suite" de Dông Kinh nghĩa thục. Grâce aux bases culturelle et éducative préparées par l’association du temple Ngọc Sơn pendant plus d’un demi-siècle, l’école Đông Kinh nghĩa thục n’est pas détruite avec la fermeture du siège au No 10 de la rue Hàng Đào (rue de la Soie). Les documents généalogiques et le terrain confirment que dans les villages, dans les écoles fondées jadis par les maitres membres de l’association du temple Ngọc Sơn, il y avait des classes sur le modèle de Đông Kinh nghĩa thục. Parfois, des anciens de Đông Kinh nghĩa thục au retour de bagne, sont venus pour conseiller, comme c’est le cas du "Bachelier Phật Tích" Nguyễn Cảnh Lâm dans la province Bắc Ninh.

Les idées de Đông Kinh nghĩa thục continuent donc à être diffusées dans les "Thiện đàn" (litéralement "lieu pour prêcher le bien"), où des "saints" [1] donnent des textes (giáng bút) destinés à guider les fidèles. Ces "saints" sont viêtnamiens, en particulier Trần Hưng Đạo (le vainqueur de l’armée mongole au 13e siècle) et la Mère-Déesse Liễu Hạnh (l’objet d’un culte fervent dans tout le Viêtnam). C’est prof. Đào Duy Anh qui avait attiré l’attention sur ce phénomène des "Thiện đàn" où on diffusait "Kinh Đạo Nam" (le Livre de la Voie du Sud). Prof. Đào Duy Anh a consacré tout un chapitre dans ses mémoires sur le phénomène. Cependant il n’a pas perçu le rapport avec l’existence du secte An Lạc (nom du village natal de Trần Hưng Đạo) dérivé de l’association Hướng Thiện. Dans le temple Ngọc Sơn, dès la pleine lune du premier mois de l’année 1891 les fidèles ont accueilli les premiers vers donnés par le "saint" Trần Hưng Đạo. C’est ici aussi que Nguyễn Thượng Hiền, Lương Văn Can, Đoàn Triển, Đỗ Văn Tâm, Nguyễn Nhiếp (fils de Nguyễn Trọng Hợp et père du membre Đông Kinh nghĩa thục Nguyễn Sĩ Giác) ont construit le premier lieu pour diffuser les livres saints, c’est ainsi qu’un fonctionnaire français, le résident supérieur du Tonkin avait "noté" qu’il faut bien les surveiller.

Enfin les autorités coloniales ont interdit, en 1929, le Kinh Đạo Nam et ont emprisonné les responsables. Mais un autre Livre, le Kinh Tâm Pháp (Le Livre du Coeur), a été imprimé tout de suite au temple de Ngọc Sơn. Cet enseignement a un contenu religieux et moral, mais on peut toujours y déceler l’esprit de la "Voie du Sud".

Cependant, la génération suivante, préparée par Đông Kinh nghĩa thục du point de vue culturel et social, s’appropriera rapidement les "nouvelles études" (tân học) et les idées sur la démocratie et le droit de l’homme. Ces nouveaux diplomés vont développer d’autres activités socio-culturelles avant de s’engager massivement dans la révolution national et démocratique.

Vu The Khoi, Université de Hanoi

* Thông báo tóm tắt báo cáo khoa học (23 tr. + 3 tr. sơ đồ + 3 tr. tài liệu tham khảo) đọc trong Hội thảo quốc tế "Viêtnam, le moment moderniste (1905-1908)" tại Aix-en-Provence (Pháp), các ngày 3-5 tháng 5/2007.


[1pas dans le sens religieux, mais plutôt par respectabilité