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Une grande figure de lettré

Thứ Bảy 23, Tháng Sáu 2007

Journal Le Peuple, 4-8-1946

NGUYEN HUU CAU (Gian Thach) qu’une mort douce et pleine de sérénité a enlevé, le 13 Juillet dernier, à la tendre affection de ses nombreux enfants et petits-enfants, à l’estime de ses amis, aux regrets des anciens élèves du Dong-Kinh Nghia-thuc où il a enseigné pendant près de trois ans, était né au village de Trung Tu (huyen de Hoan-Long) en 1879.


Ha Noi 1946. MM. Nguyen Van To (Président de l’Assemblée Nationale) et Huynh Thúc Khang (Vice-président) au tour du Président Ho Chi Minh

C’est une haute et pure figure de lettré qui disparaît, celle d’un très grand patriote d’un esprit puissant, étendu et ingénieux qui, toute sa vie, a combattu pour l’indépendance du Viêt-nam.

Reçu cu-nhan (licencié ès-lettres) au concours de Nam-Dinh en l’année Binh-Ngo (1906) il renonça aux fonctions mandarinales pour se consacrer tout entier aux lettres, notamment à la traduction des ouvrages chinois modernes. Poète du Viêt-nam antique et de ses gloires, il s’appliqua sans cesse à chercher, dans ce passé lointain, une tradition et des leçons d’avenir. Poète des grandeurs d’autrefois et des espérances futures, il fut le poète de l’idéal vietnamien, de tous ceux qui se sont donnés comme tâche de reconquérir l’indépendance du pays.

A cette époque, entre 1905 et 1914, toute la littérature secrète en caractères chinois ou en quoc-ngu, était politique, toute étude, tout essai, était comme une préparation à la guérilla. La ballade était une allégorie, l’ode une allusion, le roman et le drame un apologue; d’art on ne s’en occupait guère, mais les critiques excitaient et appelaient à l’insurrection; les historiens et les lettrés étaient conspirateurs. C’est qu’ils auraient voulu une révolution qui aurait entraîné dans le même élan tout ce peuple de 25 millions d’âmes animées des mêmes aspirations et des mêmes sentiments, qui aurait transformé en action cette agitation alors superficielle, qui aurait appris à tous qu’il y avait une patrie.

“Je sens, disait Nguyen-Huu-Cau, la patrie antique frémir dans mon cœur …”. Dans ses poèmes restés inédits mais que beaucoup de ses amis et de ses élèves retiennent par cœur, Nguyen-Huu-Cau réveille à travers les monts, les collines et les fleuves, les antiques dieux de la patrie; sur les ruines des cités disparues, de Co-loa, de Dai-la ou de Hoa-lu, il fait revivre les origines divines, la valeur, et le courage des ancêtres; il ranime les légendes ensevelies depuis tant de siècles, dans les sépultures du Viêt-nam sous les temples du Bac-bo, et réédifie ainsi la longue histoire du peuple vietnamien.

“A cette nation jeune d’hier et vieille de quarante siècles, dit Nguyen-Huu-Cau, il manque un idéal, c’est à dire la religion des traditions de la patrie et la sereine conscience de sa mission propre dans l’histoire et dans la civilisation indochinoises - religion ou conscience qui seules font un peuple d’avenir”. Il ne dit pas: il faut faire d’aussi grandes choses que nos ancêtres, il se contente de dire: quand on a des ancêtres qui ont fait d’aussi grandes choses que les nôtres, il faut, soi aussi, faire de grandes choses.

Mais il ne suffisait pas à Nguyen-Huu-Cau que le Viêt-nam fût fort matériellement, il aurait encore voulu qu’il le fût intellectuellement: mieux qu’il eût dans les choses de l’esprit, sa personnalité et comme sa marque propre. Il disait à ses élèves: “Cette liberté, cette indépendance que nos concitoyens viennent de reconquérir, nous devons la soutenir dans le domaine de l’esprit. C’est par l’art et la science que les nations s’éternisent. Nous avons besoin de nous affirmer hautement et glorieusement comme nation. Il faut qu’en étudiant la langue, on étudie la nation, et qu’on imprime sur son âme, comme un sceau, le caractère vietnamien pur. Nous sommes aujourd’hui trop Français, trop Chinois, nous sommes doctrinaires éclectique, nous sommes socialistes autoritaires: nous devons être Vietnamiens …”

A l’un de ses élèves qui lui avait demandé l’autorisation de traduire en prose vietnamienne quelques unes de ses poésies en caractères chinois, Nguyen-Huu-Cau répondit que la traduction en prose reste le seul moyen précis par laquelle on puisse aborder l’étude d’un poète dont on connaît la langue, mais combien froide et peu satisfaisante elle est toujours, quelle que soit l’exactitude à laquelle elle prétende! Elle rend les mots, les pensées, les images, sans doute, mais il y a une chose qu’elle ne peut rendre, c’est la forme, le rythme, l’harmonie et cela n’est ce pas le propre même de la poésie ? Un seul instrument, le vers, peut permettre de tenter de les faire sentir. Mais, pour essayer une tentative de ce genre il faut être poète soi-même, et c’est là la grande et pour beaucoup l’insurmontable difficulté …”

Exilé en 1918 à Poulo Condore pour avoir fourni des subsides aux étudiants vietnamiens en Chine et au Japon (!) Nguyen-Huu-Cau ne cessa de mener une campagne courageuse contre le colonialisme, notamment contre l’octroi de concessions agricoles a certains Français au détriment de nos paysans vietnamiens. On sait que la situation des rizières est au Bac-bo et Trung-bo, rendue assez confuse par l’absence complète de titres de propriété au sens que les Français attachent à ce mot. Le titre vietnamien n’indique pas toujours la contenance et ne fait que des mentions très vagues des limites de la parcelle. “Incomplet dans sa rédaction et sujet à des falsifications, il n’offre, dit l’administration du “protectorat” aucune garantie ! ” Elle n’en tient donc aucun compte et elle octroie en dépit des réclamations de leurs légitimes propriétaires, de nombreuses rizières à des colons ou à des fonctionnaires français. C’est ainsi que la grande propriété a pris un développement considérable dans les années qui suivirent l’occupation française notamment après 1900. A la suite de la prodigieuse fortune de quelques fonctionnaires ou agents français auxquels les affaires du “Protectorat” n’avaient pas fait oublier les soins qu’ils devaient à leurs intérêts personnels, la faveur de l’administration colonialiste leur avait fait acquérir des domaines immenses que leurs propres malversations n’avaient pas pu réussir à agrandir encore.

“C’est une erreur, disait Nguyen-Huu-Cau lors de son jugement en 1916, c’est une erreur dans laquelle vous autres, Français, tombez assez aisément, de croire que la force suffit à tout, que ce soit la force armée, la force de la loi, la puissance de l’argent ou tout autre moyen qui n’en discute pas … ”

Devant un courage aussi tranquille il faut se redire que si Nguyen-Huu-Cau est mort trop tôt pour les siens et pour ses amis et ses élèves, s’il nous laisse à tous l’âme déchirée, il n’a pas quitté cette terre sans avoir accompli sa destinée de grand esprit. Sa renommée n’avait plus d’accroissement à attendre: if avait fourni plus que sa tâche de lettré et de patriote. Il était las, il aspirait au repos; il a été doux envers la mort, elle lui a donné le silence et la paix.

Nguyen Van To